Le locuteur analogique ou la grammaire mise à sa place


Thèse
Auteur(s) : LAVIE, René Joseph
Directeur(s) : Bernard Laks
Date de soutenance : 2003
Intitulé de la formation :
Cote : T 0729
Résumé : Objet et hypothèse.Les théories linguistiques qui se basent sur les catégories et les règles laissent un résidu empirique qui ne peut être annulé ce qui fait conclure à leur insuffisance descriptive. Ces mêmes théories sont aussi cognitivement insuffisantes : a) elles résistent à une éventuelle réduction car on ne voit pas comment la physiologie peut réaliser des catégories et des règles, et b) elles expliquent mal les dynamiques d'émission, de réception, d'apprentissage, de changement linguistique.Hypothèse : il est avantageux d'étudier les dynamiques linguistiques en premier rang car a) on les comprend alors mieux entre elles et b) on obtient en sus une 'explication' des propriétés des langues de type grammatical (les quasi-régularités, les quasi-catégoricités, etc.). On refuse de disjoindre la statique (aujourd'hui) des dynamiques (demain ?). Moyens et dispositif : analogie et proximalité. Il s'agit de l'analogie X est à Y comme A est à B (et non de X est comme Y). Le sens importe : John is easy to please et John is eager to please ne sont pas analogues. L'analogie élide le prédicat ; elle ne demande pas une définition essentielle des rapports entre ses termes et permet ainsi de se passer de métalangage.La proximalité est le fait que, dans des inscriptions du savoir linguistique, certains accès de l'une à l'autre sont proximaux, c'est à dire économiques, et d'autres plus chers.La thèse construit un modèle précis et opérable de la productivité linguistique comportant un modèle statique et un modèle dynamique interdépendants. Chacun est analogique et proximaliste. Un modèle statique : le plexus. Le modèle statique n'a de portée que dans sa mise en œuvre dynamique, en quoi il n'est pas une grammaire. Il est dénommé 'plexus' parce qu'il est enchevêtré. Les inscriptions de base sont des analogies, structurelles ou systémiques.. Les inscriptions sont des exemplaires : il n'y a aucune abstraction. Elles sont nécessairement contextuelles : inscrire une 'entrée lexicale' est impossible. Les termes vont toujours au moins par paires et il y a entre eux des 'copositionnements' (qui ne sont pas des relations).Les termes peuvent être des unités traditionnelles de l'analyse mais ils peuvent aussi segmenter la forme autrement. Ils sont vides, c'est à dire exempts de 'propriétés'. Ces trois circonstances constituent une relativisation de la constituance. Modèle dynamique et productivité structurelle.Les dynamiques respectent rigoureusement les copositionnements entre termes et sont abductives. Elles combinent quatre mouvements de base cognitivement fondés : transitivité, transposition, transfert de constructibilité et homologie expansive.L'analyse d'un énoncé est redéfinie comme un étagement de mises en correspondance de structures. L'analyse d'une forme linguistique peut être multiple, même en l'absence d'ambiguïté syntaxique. Sans aucune catégorie ou règle sont reconstruits : une productivité de base (à peu près celle d'Aspects) ;  des effets de sous-catégorisation ; des effets de rôle thématique ; des effets de contrôle sans transformations et sans élément PRO, un traitement non spécifique de l'amalgame fr. (de+le? du), etc. Productivité systémique, acquisition, changement linguistique.La 'productivité systémique' est une dimension jusqu'ici négligée ou mal traitée. Elle est définie comme celle qui a cours dans des paradigmes pluridimensionnels (p. ex. le paradigme verbal d'une langue indo-européenne). On rend compte de leur apprentissage et de leur fonctionnement contingents sans traits syntaxiques (qui sont artefactuels et dont l'apprenabilité est douteuse).Un modèle simple d'apprentissage, homogène aux autres dynamiques, prédit les schémas de généralisation en sigmoide qui sont l'empirie générale des études acquisitionnelles. La possibilité de l'analyse multiple et de la réanalyse étant constamment ouverte dans le modèle, la dynamique du changement linguistique en résulte. Conclusion.Plutôt que causales et explicatives, un grand nombre des stipulations des théories statiques, grammaticales, sont maintenant restituées comme des effets seconds. Les dynamiques sont bien premières et la grammaire seconde.
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