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Résumé :
Pour parvenir à comprendre l'association arbitraire entre mots et sens, l'enfant doit utiliser une stratégie. Dans la lignée de 1'hypothèse de l'initialisation syntaxique proposée par L. Gleitman, nous supposons que l'acquisition préalable de rudiments de syntaxe (comme les catégories nom/verbe) peut être un indice utile pour deviner le sens des mots. Or, les mots grammaticaux (articles, pronoms, auxiliaires, conjonctions) sont de bons indices de la catégorie grammaticale des mots de contenu (noms, verbes, adjectifs, adverbes) auxquels ils sont associés et sont perçus précocement par les enfants. Par ailleurs, différentes réponses cérébrales évoquées par des erreurs syntaxiques ont déjà été observées dans un contexte de phrase.
Le but de cette expérience est de déterminer, à l'aide de la technique des potentiels évoqués, si les adultes peuvent utiliser les mots grammaticaux en temps réel pour catégoriser des mots nouveaux. Si c'est le cas, la contextualisation d'un mot nouveau à l'aide de différents mots grammaticaux de même catégorie (déterminants ou pronoms, par exemple) devrait conduire à le classer comme 'nom' ou 'verbe'. Nous avons donc observé les réponses cérébrales évoquées par une association erronée entre un mot grammatical et un mot de contenu (réel ou imaginaire), après une contextualisation par trois mots grammaticaux de catégorie cohérente.
Les résultats permettent de conclure à un effet de l'accès au lexique lors du traitement syntaxique des mots en langue française. Dans le cas d'un mot connu, cet effet est reflété d'une part par l'activation automatique des mots grammaticaux associés à ce mot et d'autre part par le traitement rapide d'une erreur de catégorisation. En revanche dans le cas des pseudo-mots, aucun effet significatif n'a été observé. Ceci peut être dû au fait que la construction de l'entrée lexicale est restée incomplète à l'issue d'une contextualisation limitée à trois mots grammaticaux de même catégorie.
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