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Résumé :
Selon une série d'études récentes, l'espace perceptif visuel est «compressé» vers la cible d'une saccade oculaire pendant la brève période (50-100 ms) qui la précède (Morrone, Ross & Burr, 1997; Ross, Morrone & Burr, 1997; Lappe, Atwater & Krekelberg, 2000; Burr, Morrone & Ross, 2001; Matsumiya & Uchikawa, 2001; Santoro, Burr & Morrone, 2002; Kaiser & Lappe, 2004; Matsumiya & Uchikawa, 2004). Un raisonnement spéculatif attribue les résultats de ces études à des méchanismes de stabilité perceptive. De même, des liens avec les déplacements présaccadiques des champs récepteurs visuels de certains neurones du cortex pariétal et du colliculus supérieur ont été suggérés. Ces études se sont focalisé sur les erreurs dans la localisation de «flashes» brefs et isolés, déduisant une déformation instantanée de l'espace visuel de la distribution spatiale des erreurs. Certains ont tenté de combler le fossé entre ces jugements sur des points isolés et une connaissance de la structure globale de l'espace visuel en montrant que la largeur et le nombre d'un ensemble d'objets présentés présaccadiquement sont sous-estimés (Morrone et al, 1997; Burr et al, 1997; Matsumiya & Uchikawa, 2001). Nous montrons que cela résulte de l'échec systématique de la perception des objets sur la périphérie des ensembles présentés, et que la probabilité de ces échecs de la perception augmente avec la largeur du stimulus.
Ainsi, la sous-estimation de la largeur et du nombre d'un ensemble d'objets n'est pas attribuable à la «compression». Matsumiya et Uchikawa (2001) démontrent que la largeur des simples objets présaccadiques n'est également pas sous-estimée. Ces résultats, pris avec les nôtres, indiquent que les distances à l'intérieur du champ visuel ne sont pas «compressés» avant les saccades. Nos résultats confirment la nécessité d'une exploration approfondie de la manière dont la localisation des brefs stimuli dépend d'un contexte sensorimoteur étendu dans le temps, comme le suggèrent les travaux de MacKay (1970, 1973). En cela ils soutiennent une révision des idées sur la portée de ces mislocalisations perisaccadiques si largement étudiées sur la structure de «l'espace visuel». Plus précisément, au lieu de voir cet «espace» comme une série de «moments perceptifs» avec de structures spatiales indépendantes, il est mieux de le comprendre comme une intégration temporelle d'informations visuelles à travers les saccades.
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