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Résumé :
Notre mémoire pose la question de la compréhension des actions d'autrui. A partir de ce que saisit la perception, comment le système cognitif humain en vient-il pour reconnaître comprendre et inférer des intentions, des croyances ou des désirs à autrui ? Par théorie de l'esprit fut désignée la capacité d'imputer des états mentaux à soi-même ou à autrui, pour expliquer cette compréhension. Cependant comme s'opère le lien depuis la perception ? Autrement dit, nous interrogeons les conditions externes et internes au système cognitif humain, qui déclenchent l'interprétation d'un objet comme agent doté d'intentions, et qui conduisent l'application d'une théorie de l'esprit à l'agent détecté. L'objectif consiste donc à faire une synthèse des différentes propriétés visuelles objectives et des mécanismes cérébraux dédiés à leur traitement, qui ensemble permettent au système cognitif humain de détecter et de comprendre (a) un agent comme être animé (versus inanimé), (b) son comportement comme intentionnel, c'est-à-dire réalisant des actions orientées vers un but (versus de simples mouvements), (c) le contenu même des intentions de cet agent. A cette fin seront sollicités des travaux de psychologie expérimentale et développementale d'imagerie et neurophysiologie, de primatologie et philosophie. La perspective philosophique défendue sera de proposer par cette enquête une relecture du problème classique de la reconnaissance de l'existence d'autres esprits que le mien. Deux thèses seront avancées er s'appuyant sur la distinction entre deux formes de reconnaissance : une reconnaissance immédiate et naturelle d'un côté, une reconnaissance inférentielle et problématique de l'autre. ( 1 ) L'apport expérimental des sciences cognitives permet de sountenir une forme de reconnaissance immédiate de l'existence des autres esprits, car elle est une hypothèse assumée par le système cognitif humain. ( 2 ) L'apport philosophique des sciences cognitives permet de soutenir que le problème des autres esprits comme reconnaissance inférentielle garde sa pertinence : tout travail de psychologie développementale ou de primatologie qui tient à prouver que ses sujets ont bien recouru à une stratégie intentionnelle, se retrouve méthodologiquement à inférer chez eux des états mentaux, et donc un esprit, ou à écarter une lecture théorique contraire.
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