Étude d'invariants moteurs cinématiques et de l'intégration d'un outil dans la coordination des mouvements chez des patients


Thèse
Auteur(s) : JACOBS, Stéphane
Directeur(s) : Agnès Robi-Brami
Date de soutenance : 2005
Intitulé de la formation :
Cote : T 0855
Résumé : L'apraxie est un désordre de l'activité gestuelle complexe, qui ne peut s'expliquer par la présence d'un trouble moteur ou sensitif primaire. Elle affecte les gestes complexes et/ou appris, et se manifeste généralement bilatéralement suite à une lésion de l'hémisphère gauche (lobe pariétal et/ou frontal) chez les sujets droitiers. Ses manifestations cliniques sont variées, de la perturbation de la production des gestes sur un versant conceptuel (altération de traces sémantiques ou mnésiques des gestes appris, apraxie conceptuelle) au trouble de l'exécution proprement dite (apraxie de production ou idéomotrice). L'apraxie idéomotrice est généralement interprétée comme une destruction ou un trouble de la mise en oeuvre de représentations sensori-motrices stockées en mémoire pour les gestes appris. Toutefois, des travaux récents suggèrent qu'une perturbation des processus sensorimoteurs effectués en temps réel par le cerveau (voie visuelle dorsale) puisse expliquer la majeure partie des troubles qui constituent l'apraxie idéomotrice. L'hémisphère gauche est donc considéré comme dominant pour le contrôle des gestes complexes, et les aires pariéto-frontales gauches constituent le niveau le plus élevé dans l'organisation hiérarchique du contrôle moteur. Dans ce contexte, nous avons étudié chez des patients apraxiques idéomoteurs plusieurs régularités de la cinématique des mouvements, précédemment décrites chez les sujets valides. L'existence de ces invariants cinématiques chez les sujets valides est habituellement interprétée comme le reflet du fonctionnement normal du système moteur. Le but était donc dans notre cas de déterminer si leur contrôle dépendait ou non des aires corticales altérées dans l'apraxie, afin de mieux décrire le syndrome apraxique et l'organisation hiérarchique du système moteur. Les deux premiers invariants étudiés concernaient des mouvements élémentaires. Notre première étude s'est intéressée au couplage entre l'orientation de la main pour la saisie et la direction de mouvements de préhension d'objet. Notre deuxième étude a porté sur la relation entre la courbure de la trajectoire et la vitesse de mouvements bidimensionnels (2D). Ensuite, nous avons étudié l'intégration d'un outil dans la coordination du mouvement, par le biais de l'analyse de la régularité du déplacement du point de travail de cet outil (i.e. le point effecteur de l'action). Notre troisième étude a donc porté sur la cinématique de plusieurs gestes d'utilisation d'outils familiers. Afin d'étudier l’intégration d'un outil dans le mouvement sans mettre en jeu d’éventuelles représentations associées aux gestes appris, nous avons enfin analysé la cinématique d'une tâche de pointage avec baguette. Les résultats de nos deux premières études montrent que l'apraxie idéomotrice n'altère pas les régularités de mouvements élémentaires tels que la préhension et des mouvements 2D, en accord avec l'idée que ces mouvements sont contrôlés à des niveaux inférieurs dans la hiérarchie du système moteur à ceux altérés dans l'apraxie. Nos deux dernières études sur l'intégration d'un outil dans la coordination du mouvement confirment quant à elles que les erreurs commises par les patients apraxiques lors de l'exécution de gestes complexes peuvent être expliquées au moins en partie par une perturbation du contrôle en temps réel de l'action, sans mettre en cause le dysfonctionnement de représentations gestuelles stockées en mémoire.
Mots clés : Contrôle moteur, apraxie, utilisation d'outils, cinématique, invariants