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Résumé :
Jean Piaget estimait que l'enfant de 7-8 ans devient conservant car il comprend que deux rangées de jetons ont le même nombre, même si leur correspondance perceptive est rompue en écartant ou en resserrant les jetons de l’une d'elles. L'interférence visuo-spatiale est alors surmontée en inhibant la stratégie longueur=nombre. La thèse soutenue ici est qu'il resterait dans le cerveau adulte des traces de ce stade du développement cognitif. Nous avons dès lors étudié en imagerie cérébrale une adaptation de la tâche de Piaget chez de jeunes adultes.
Après un état de l'art sur les compétences numériques au cours du développement cognitif, les bases neurales de l'inhibition cognitive et du traitement numérique, deux contributions expérimentales sont exposées. Une première étude en potentiels évoqués montre que l’inhibition de l'interférence nombre/longueur, comparée à une situation contrôle de covariation, induit des ondes électrophysiologiques spécifiques N2 et P3 et, chez les mêmes sujets examinés ensuite en IRMf, des aires hétéromodales postérieures. Une seconde étude uniquement en IRMf (donc sans session préalable) met également en évidence le rôle du cortex cingulaire antérieur droit, connu pour être impliqué dans le contrôle inhibiteur (gestion de conflits, détection d’erreurs). Des aires pariétales bilatérales de comptage et de manipulation mentale/spatiale sont aussi recrutées.
La réaction du cerveau adulte face à une tâche cognitive dans laquelle il s'est trompé pendant un stade de son développement confirme ainsi que les biais perceptifs de l’enfance ne sont jamais complètement surmontés ou, pour le moins, que leur inhibition a toujours un coût neurocognitif.
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Mots clés :
Conservation du nombre, constructivisme, inhibition, cognition, imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, électroencéphalographie, jeunes adultes
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