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Résumé :
Plusieurs études expérimentales ont montré que les temps de dénomination en lecture augmentaient en fonction de la longueur des items pour les pseudo-mots et pas pour les mots. Les modèles de lecture existants ont proposé différentes hypothèses pour interpréter cet effet de longueur sur les pseudo-mots. Le modèle de Ans, Carbonnel et Valdois (1998) postule I'existence de deux procédures de lecture (analytique et globale) qui seraient responsables de I'interaction lexicalite*longueur observée. L'intervention de I'une ou I'autre des procédures est déterminée par la taille de la fenêtre visuo-attentionnelle intégrée dans Ie modèle. En mode global, la taille de la fenêtre englobe la totalité de I'entrée orthographique. Si I'entrée n'est pas reconnue, Ie mode bascule en analytique : la fenêtre est réduite et se déplace séquentiellement de syllabe en syllabe. Un changement de focalisation attentionnelle se traduit généralement par une saccade oculaire. En lecture, on peut donc s'attendre à ce que Ie nombre de fixations oculaires sur les pseudo-mots soit supérieur à celui fait sur les mots, ainsi qu'à une augmentation du nombre de fixations oculaires en fonction de la longueur de I'item pour les pseudo-mots seulement. En décision lexicaIe, aucun effet de longueur n'est prédit par Ie modèle quelle que soit la lexicalité de I'item, car Ie mode global est Ie seul initié pour reconnaître si oui ou non !'item présenté est un mot ou pas. Chez des sujets dyslexiques dont la composante visuo-attentionnelle est atteinte, c'est-à-dire dont la fenêtre visuo-attentionnelle est réduite, on devrait observer des effets de longueur dans les deux tâches quel que soit Ie type d'item : Ie mode analytique serait Ie seul à fonctionner. Pour tester ces hypothèses, Ie nombre de fixations oculaires de 21 adultes normo-Iecteurs et de 10 adultes dyslexiques a été mesuré dans une tâche de lecture et dans une tâche de décision lexicale et analysé en fonction de la lexicalité (mots vs pseudo-mots) et de la longueur des items présentés (1, 2 au 3 syllabes). Chez les normo-Iecteurs, les résultats ont révélé un effet de longueur pour les mots en lecture et pour les pseudo-mots et pour les mots en décision lexicale, contrairement aux prédictions du modèle ACV98. L'effet de longueur observé pour les mots en lecture et pour les mots et les pseudo-mots en décision lexicale pourrait être expliqué par I'effet de longueur observé sur Ie lieu de la première fixation dû à la procédure de I'expérience. Toutefois une interaction lexicalité*longueur significative a révélé que plus I'item était long, plus Ie nombre de fixations augmentait et ceci de façon plus importante pour les pseudo-mots que pour les mots en lecture. En décision lexicale, aucune interaction lexicalité*longueur n'a été révélée. Ces résultats valident I'hypothèse de deux types de traitement en lecture mais pas en décision lexicale. Contrairement aux hypothèses du modèle, chez les dyslexiques de I'étude, un déficit global sur Ie nombre de fixations oculaires a été observé, quelle que soit la nature de leur trouble cognitif. En accord avec les prédictions du modèle, des effets de longueur ont été observés pour les deux tâches et les deux types d'item. Aucune interaction lexicalité*longueur n'a été révélée quelle que soit la tâche, suggérant I'utilisation d'une seule procédure chez ces sujets, et excluant tout fonctionnement du mode global.
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Mots clés :
lecture, décision lexicale, effet de longueur, fixations oculaires, procédures de traitement, dyslexie
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