Conditionnel et dialogisme

old_uid6114
titleConditionnel et dialogisme
start_date2009/01/26
schedule14h-15h30
onlineno
summaryLe conditionnel livre, dans tous ses emplois, exactement la même valeur – sa valeur en langue – qui, en interaction avec différents éléments contextuels, produit l’ensemble des sens répertoriés en discours (futur du passé, hypothèse, rumeur, politesse, rêverie, etc…). Il consiste à placer un point R dans le passé (morphème –ai, instruction [+ passé]), à partir duquel est envisagé le procès comme ultérieur à ce point (morphème –r, instruction [+ ultériorité]). Ce qui le rapproche du futur qui peut être analysé comme un ultérieur du présent : – futur il pleuvra instruction temporelle : [+ présent], [+ ultériorité] instructions aspectuelles : [+ tension], [± incidence] – cond. il pleuvrait instruction temporelle : [+ passé], [+ ultériorité], instructions aspectuelles : [+ tension], [± incidence] Contrairement à la représentation traditionnelle selon laquelle le temps peut être représenté par une ligne mobile partant du passé, passant par le présent et se dirigeant vers le futur, on fait l’hypothèse que le t° de l’énonciation marque la coupure entre le passé unilinéaire et le futur ramifié (Gardies 1975). Un même événement passé est irrévocable et unique ; alors que le futur est susceptible, pour le locuteur-énonciateur (E1), de plusieurs possibles. Les temps verbaux en français se construisent énonciativement sur cette structure : unilinéaire pour le passé, ramifiée pour le futur. L’invention du conditionnel dans les langues consiste à imaginer que le passé aurait pu être autrement, c’est-à-dire à ramifier l’époque passée. Cette ramification se fait à partir du point R, qui se densifie obligatoirement sous la forme d’un autre énonciateur (e1) : cette instance est obligatoire pour que le temps puisse être considéré comme ramification de différents possibles ; et elle est forcément différente du locuteur-énonciateur E1 puisque ce point R est dans le passé, alors que E1 correspond à l’ego de t°. Le conditionnel est donc une forme temporelle dialogique en langue : son emploi présuppose toujours un dédoublement énonciatif. Autrement dit, dans tout énoncé au conditionnel., on entend, en plus de la voix de l’énonciateur principal E1, celle d’un autre énonciateur e1, plus ou moins audible… La structure énonciative du conditionnel, qui procède directement de sa structure temporelle, permet, selon notre hypothèse, de rendre compte de tous ses emplois en discours. Ce que nous testerons notamment sur l’emploi dit journalistique : (1) L’alimentation de la mère influerait sur le sexe de l’enfant. (titre, Le Monde, 24 avril 2008) (2) […]. DSK et sa subordonnée auraient échangé des courriels intimes, avant de concrétiser leur relation lors d’une conférence en Europe. (Libération, 20 octobre 2008)
responsiblesDétrie