Un matérialisme intelligent

old_uid19442
titleUn matérialisme intelligent
start_date2021/10/13
schedule18h-20h
onlineno
summaryExiste-t-il une histoire du matérialisme ? Une telle histoire est-elle possible ? Les contextualistes insisteront que de Démocrite à La Mettrie, ou de Diderot à Dennett, il y a au mieux une « tradition discontinue », pour reprendre une expression de Günther Mensching que j'ai citée ailleurs. Une réponse, que j'ai donnée dans certains de mes travaux, consiste à distinguer des « formes de matérialisme » (Wolfe 2016, 2020b). Par exemple, un matérialisme plus « cosmique » ou « cosmologique » (c'est-à-dire une affirmation sur la nature de l'univers en tant que matière) par rapport à un matérialisme plus psychocérébral (c'est-à-dire une affirmation sur la nature des processus mentaux en tant que processus cérébraux), ce dernier matérialisme prédominant au milieu du 20e siècle (Smart, Armstrong) mais laissant progressivement place au physicalisme. Ou, différemment, entre deux théories de la matière différentes et leurs prolongements matérialistes différents, à savoir le matérialisme mécaniste et le matérialisme vital (cf. Wolfe 2017) : une ontologie se basant sur le mécanisme est bien différente d’une ontologie plaçant les propriétés vivantes à la base de la matière, comme celle de Diderot. Une autre approche qui n'a pas encore été explorée consiste à opposer le « radicalisme » du matérialisme des Lumières – sa dimension idéologique manifeste et autoproclamée (Wolfe 2020a, prolongeant l’idée de Jonathan Israel) – aux formes plus « scientifiques » du matérialisme qui se cristallisent autour de la biochimie du 19e siècle (ce qu'on appelle le Vulgärmaterialismus, cf. Pecere à paraître) et dans le sillage du Cercle de Vienne (par exemple, la théorie de l'identité et son ballet compliqué avec le physicalisme). Un effet utile de la réflexion sur ce dernier contraste, est qu'il nous aide à éviter l'erreur commune de parler du matérialisme comme une sorte de philosophie spontanée des scientifiques, ou inversement, une philosophie dont la « vérité » dérive de sa proximité avec les sciences (surtout la physique). Dans cet exposé, je réfléchis, en partie à la lumière de ma récente publication Lire le matérialisme (Wolfe 2020b, Wolfe et Moreau 2020) (i) sur la possibilité de comprendre la portée philosophique de l'histoire du matérialisme (y compris le défi méthodologique de comprendre une doctrine à travers ses critiques), (ii) sur l'idée de « types » ou « variétés » de matérialisme (mécaniste versus vital, métaphysique versus non-métaphysique, fondé sur la science ou non, mais aussi l'idée spéculative d'un « matérialisme intelligent »), et (iii) sur la question de savoir si le matérialisme est condamné à être une « tradition discontinue », ou sinon un physicalisme.
responsiblesRebuschi