La résistance de SVO — L’ordre canonique en arménien oriental moderne

old_uid20060
titleLa résistance de SVO — L’ordre canonique en arménien oriental moderne
start_date2022/02/15
schedule10h30-12h UTC+1
onlineno
location_infosalle Lettres 1
detailsLien de connexion : https://www.gotomeet.me/visio-lattice
summaryL’ordre dit « canonique » ou « non marqué » fait l’objet de controverse en arménien oriental moderne (AOM). Hormis quelques rares exceptions (Dum-Tragut 2009: 555, Dryer 2013), qui affirment que l’arménien est non spécifié pour l’ordre (OV ou VO), les études typologiques et syntaxiques classent ce dernier parmi les langues (S)OV flexibles (Der-Houssikian 1978:227-8 ; Hawkins 1983, parmi beaucoup d’autres). Or, d’après les grammaires et les études descriptives publiées en Arménie depuis le milieu du 20ème s., dans les énoncés neutres ou non marqués, le complément d’objet direct (COD) est placé après le verbe (Badikyan, 1976, parmi d’autres). Nous aborderons cette question en nous appuyant sur une série d’études quantitatives, deux études de corpus sur le Corpus National d’Arménien Oriental (EANC, www.eanc.net), et deux expériences menées avec les locuteurs de l’AOM résidant en Arménie. Les résultats de ces études sont convergents : les COD définis apparaissent majoritairement (environ 80%) en position postverbale. Les COD nus et indéfinis manifestent en revanche une nette préférence, quoique moins marquée, pour la position préverbale. Deux autres facteurs, la longueur et l’animéité, interviennent également en favorisant le placement postverbal du COD, indépendamment de sa définitude. Si l’on définit l’ordre non marqué comme celui qui est utilisé dans les phrases stylistiquement neutres, à l’indicatif, avec deux participants non-pronominaux, un sujet agentif défini et un COD patient défini (Siewierska 1988: 8), on devrait alors conclure, à l’instar des grammairiens arméniens, que l’ordre non marqué est en effet (S)VO en AOM. Cette situation implique une « disharmonie » : alors que les constituants en AOM sont leftbranching de façon très cohérente (Donabedian 2010), ce qui est caractéristique des langues OV, l’ordre non marqué serait VO au niveau de la phrase. Pour rendre compte de cette « anomalie » typologique, nous considérerons les facteurs aréaux (Stilo 2014) et historiques (Hayrapetyan 2005) et proposerons une explication en termes de principes cognitifs/fonctionnels : la distribution quasi complémentaire des ordres OV et VO en AOM permettrait un usage optimal des avantages de chacun de ces ordres (Gibson et al. 2013 ; Ferrer-i-Cancho 1015). La « persistance » de VO en AOM pourrait en outre être considérée comme une illustration supplémentaire d’un biais universel en faveur de l’ordre VO mis en évidence dans les recherches sur la typologie et l’évolution des langues (Givon 1979; Gell-Mann et Ruhlen 2011, parmi d’autres).
responsiblesSarda