Penser sans images : l’aphantasie révèle-t-elle une autre façon de raisonner ?

titlePenser sans images : l’aphantasie révèle-t-elle une autre façon de raisonner ?
start_date2026/04/24
schedule13h
onlineno
location_infoEn ligne
summaryLa capacité à générer et à manipuler des images mentales est généralement considérée comme centrale dans la cognition humaine. Toutefois, un débat majeur en psychologie cognitive a opposé l’hypothèse de représentations symboliques, abstraites et amodales (Pylyshyn, 1981), à celle de représentations picturales, perceptives et analogiques (Kosslyn et al., 1995). Le regain d’intérêt pour l’aphantasie, définie comme une absence ou une réduction marquée de l’imagerie mentale visuelle, offre un nouvel éclairage sur ce débat. Les personnes aphantasiques rapportent s’appuyer davantage sur des représentations abstraites ou verbales, ce qui pourrait constituer un avantage dans les tâches de raisonnement de haut niveau et correspondre à un style cognitif davantage « sémantique et factuel », par contraste avec le style « épisodique et sensoriel » associé à l’hyperphantasie (Zeman et al., 2020). Nous menons actuellement plusieurs études qui visent à déterminer si l’aphantasie constitue un style cognitif distinct et s’il confère des avantages spécifiques. Lors de mon séminaire, je présenterai des résultats qui nous ont permis d’identifier deux sous-groupes d’individus aphantasiques : l’un caractérisé par un profil plutôt spatial, l’autre par un profil plutôt verbal. Ces profils se distinguent par des performances comportementales différenciées, notamment dans les tâches de raisonnement. Ces premiers résultats ont motivé une seconde série d’études consacrées au raisonnement, inspirée de l’hypothèse d’entrave de l’imagerie visuelle (Visual Imagery Impedance Hypothesis ; Knauff & Johnson-Laird, 2002). Nous avons répliqué l’effet selon lequel l’imagerie visuelle peut ralentir le raisonnement abstrait chez les individus présentant une imagerie typique. Cet effet s’est toutefois révélé atténué chez les participants aphantasiques. Pris ensemble, ces résultats soutiennent l’existence de styles cognitifs distincts au sein de l’aphantasie et renforcent l’idée de formats représentationnels multiples, susceptibles d’influencer la performance cognitive.
responsiblesSouchay, Ravel